Quelques points forts de Wikipédia

L’intérêt de Wikipédia ne réside pas dans le traitement des entrées de première catégorie (Kant, Platon, Picasso, etc.) ou de seconde catégorie (Théodore Géricault, Pierre Assouline, etc.) qui sont systématiquement traités par les encyclopédies classiques, fondées sur un travail rémunéré. Néanmoins, il n’y a pas de raison pour que ces entrées ne soient pas présentes sur Wikipédia.

 

<Les entrées de rang inférieur ne sont tout simplement pas traitées par les encyclopédies classiques, faute de place. L’Encyclopedia Universalis papier proposait à côté du Corpus, un Thesaurus, où parmi les simples références au Corpus se trouvaient quelques articles sur tel ou tel sujet. Même les dictionnaires, malgré le nombre très élevé de leurs entrées et la brièveté de leurs notices, sont limités. C’est ainsi qu’on n'y trouve pas trace de personnalités telles que Mathurin Crucy, Eric de Bisschop ou Roger Fernay, que l’on peut évaluer comme de troisième rang, ni dans l’Encyclopédia Universalis (édition 1977), ni dans les dictionnaires de noms propres. Mathurin Crucy a une entrée dans l'Encyclopedia Universalis en ligne, mais l'article n'est pas orienté sur sa biographie et ne prend en compte que l'aspect architecture. Ni Eric de Bisschop, ni Roger Fernay ne sont seulement cités dans l'EU en ligne.

 

Les personnalités de troisième rang : l’exemple de Roger Fernay

Sauf erreur de ma part, Wikipédia est actuellement (février 2012) la seule source synthétique qui fournisse des renseignements sur cette personnalité. Une recherche Internet renverra pas mal de références, mais assez dispersées (titres de chansons principalement) ; sur le papier, il faut remonter à des éditions anciennes du Who’s Who pour avoir un articulet à son sujet. Or les Who’s Who des années 1960 et 1970 ne se trouvent pas dans toutes les bibliothèques de France (à Nantes, on les trouve aux Archives départementales et aux Archives diplomatiques).

 

Roger Fernay (1905-1983) a joué un rôle dans le monde du spectacle des années 1930 à 1983, d’abord surtout comme parolier de chansons (Youkali, sur une musique de Kurt Weill), en particulier de chansons de films (Paradis perdu d’Abel Gance). Après la guerre, il a été le principal responsable du Syndicat national des auteurs et compositeurs (SNAC) et a joué un rôle comme juriste dans le domaine du droit d’auteur (au sein de la Revue Internationale du Droit d’Auteur). A l’heure actuelle, c’est un quasi inconnu, sauf pour les gens qui s’intéressent aux questions de droit d’auteur.

 

Personnellement, j’ai rencontré son nom (qui est un pseudonyme) sur la pochette du CD « Teresa Strata The unknown Kurt Weill » (Nonesuch, 7559-79019-2), à propos de Youkali, une chanson assez fascinante, je crois. Ne trouvant à son sujet que les renseignements épars d’Internet, j’ai créé et développé sa page sur Wikipédia. Sur le plan du contenu, on y trouve une biographie, trop courte du reste, et les références de ses œuvres musicales et de ses écrits syndicaux et juridiques (eux-mêmes assez difficiles à trouver : BDIC, Facultés de Droit). Le principal défaut, outre la brièveté, est l’absence de renseignements sur la période de la Seconde Guerre mondiale : ce n’est pas du tout parce que « Wikipédia » cherche à cacher qu’il a été un collaborateur ; je suis totalement responsable du fait que je n’ai trouvé aucun renseignement : je ne sais donc pas s’il a été résistant, attentiste ou collaborateur (après la guerre, le SNAC est une organisation plutôt de gauche : on peut supposer qu’il ne s’est pas gravement compromis avec l’occupant, mais évidemment ça pourrait être une couverture).

 

Si quelqu’un dispose de sources attestant que Roger Fernay a fait ceci ou cela pendant la guerre, il est tout à fait bienvenu à me les transmettre ou à en faire part directement sur la page.

 

En tout cas, je suis plutôt satisfait d’avoir contribué à rendre à cette personnalité un minimum d’existence posthume, et ,e ne vois pas où j’aurais pu le faire mieux que sur Wikipédia (il n’y a pas de quoi faire un article de presse, même pour la RIDA…), sauf sur un site personnel où l’impact aurait été bien moindre. A quoi bon ? Actuellement, elle est regardée en moyenne par 100 à 200 personnes par mois.

 

L’érudition locale

Un autre domaine où Wikipédia présente un certain intérêt est celui de l’érudition locale, non seulement historique, selon la connotation habituelle, mais géographique, urbanistique, politique, etc. Les encyclopédies classiques peuvent proposer des entrées sur Paris, Nantes, Marseille et autres grandes villes ; mais, en ce qui concerne les petites villes, les dictionnaires (Petit Larousse, etc.) ne vont pas plus loin que les chefs-lieux de canton. Dans Wikipédia, toutes les communes sont traitées avec un développement adapté à leur importance, et les plus importantes bénéficient de développements plus fournis que dans les encyclopédies classiques. On notera aussi que les ouvrages d’érudition locale (monographies communales notamment) bénéficient de leur exposition dans la bibliographie des pages concernées.

 

Confrontation de Wikipédia et des autres ouvrages encyclopédiques

En fait, si on considère Wikipédia du point de vue des entrées, on peut y retrouver celles de l’Encyclopedia Universalis, mais aussi celles des dictionnaires classiques (noms communs, noms propres), celles du Quid, etc. Il est donc tout à fait légitime de comparer Wikipédia et l’Universalis sur les entrées communes, et a priori, je suppose que l’Universalis est globalement meilleure (encore qu'un premier aperçu (9/03/2012) semble montrer que l'EU, même la version en ligne, présente les choses de façon assez théorique, ne développant pas tellement l'aspect biographie) ; mais pour évaluer la valeur de Wikipédia, il faut aussi tenir compte de toutes les entrées qui ne sont pas dans l’EU : en effet, même dans sa version électronique, où l'espace est moins limité que dans une version papier, l’Universalis n’est pas en mesure, pour des raisons économiques, de rassembler autant d’informations que Wikipédia sur des tas de sujets, dont certains sont tout à fait dignes d'intérêt, même du point de vue des tenants de la tradition encyclopédique.

 

La comparaison entre Wikipédia et le Petit Larousse (et ouvrages assimilés) donne certainement l’avantage à la première en matière de quantité d’informations ; la comparaison entre Wikipédia et le Quid serait intéressante à mener (le Quid papier est difficile à lire, mais il a un aspect systématique d’exhaustivité qui est fondamental dans l'intérêt qu'on lui porte). 

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