Articles historiques sur Wikipédia

Cette page est consacrée aux textes antérieurs à la publication de La Révolution Wikipédia ou qui, bien que postérieurs n'en tiennent aucun compte (une page spéciale est consacrée aux recensions de ce livre).

 

Sommaire de la page

*Article de Daniel Schneidermann sur Big Bang Blog (2006)

*Dossier du Monde du 3 janvier 2007

*Le Figaro du 17 janvier 2007 (lien)

*New York Times, 21 février 2007

 

Article de Daniel Schneidermann sur Big Bang Blog (2006)

(Recension à venir)

Cet article est évoqué de façon un peu hystérique par Alithia dans un billet du 13 juillet 2007 : « wikipedia censure Assouline et Sciences Po ».

 

Le Monde du 3 janvier 2007 : une anticipation du dossier du 14 janvier 2012

 

En janvier 2007, Le Monde publie un dossier de deux pages  sur Wikipédia (16 et 17, rubrique Focus). En le lisant après celui du 14 janvier 2012, on est étonné en constatant que ce second dossier apporte peu d'éléments nouveaux par rapport au premier, si ce n'est une tonalité générale nettement plus hostile et la référence au livre La Révolution Wikipédia, de novembre 2007 (mais le fait le plus grave, l'affaire Seigenthaler, est déjà présente ici). En revanche, on note que Pierre Assouline n'est pas évoqué : à ce moment, il n'est pas encore repéré comme adversaire de Wikipédia.

 

Le dossier de 2007 est composé de 3 articles et de tableaux synthétiques sur l'activité de Wikipédia (ceux-ci occupent la moitié de la page 16 et un quart de la page 17. 

 

 

L'article principal

Références : Yves Eudes, « Wikipédia un encyclopédie sur le Net »

L’article représente environ 3 colonnes. Le chapeau cite les chiffres du succès de Wp et ajoute :« Mais elle pose de multiples questions sur le contrôle et la validité des informations diffusées ».

L'article est divisé en 25 paragraphes répartis en plusieurs thèmes : 

A) Paragraphes 1 à 8 : L'historique de Wikipédia 

L’article part de l’année 2000 où  Jim Wales est courtier financier et responsable de Bomis un site « au contenu de divertissement dont des photos érotiques ». Sous l’influence du mouvement des logiciels libres, il crée Nupedia (hébergée par Bomis) avec l’aide de Larry Sanger ; puis c’est l’introduction du système wiki et le lancement de Wikipédia, l’abandon de Nupedia (et le départ de Sanger), la création de la fondation Wikimédia afin d’héberger convenablement Wikipédia.

 

B) Paragraphes 9 à 17 : Présentation de Wikipédia 

« Une institution internationalement reconnue » ; 300 serveurs ; de nombreuses versions ; le rôle des administrateurs : « ils éditent les nouveaux articles, surveillent les modifications, repèrent les auteurs débutants mal préparés et les vandales ». Les autres instance : bureaucrates (ils s’occupent des « projets de communauté », stewards, checkusers, oversights. La version anglaise a été dotée d’un comité d’arbitrage. Wikimédia emploie 9 personnes. Présentation de Wikia.

 

C) Paragraphes 10 à 25 : Florence Devouard

L’arrivée de Florence Devouard à la tête de Wikimédia (monde) semble être le motif essentiel du dossier du Monde. L’article évoque ses débuts sur Wikipédia en 2002, son rôle de médiatrice notamment lors des débuts de la guerre d’Irak en 2003. Elle parle ensuite de sa politique : mettre de l’ordre ; internationaliser Wikimédia (en particulier vers l’Afrique) ; faire le ménage : « un chanteur inconnu écrit un article sur lui-même en se présentant comme une grande star […] ce n’est pas tolérable ». Pour terminer, elle insiste sur la nécessité de maintenir un système libre et gratuit.

 

Commentaire : l’article est neutre, on pourrait même dire favorable. Un point intéressant est que l’ « autopromotion », un des lieux communs de l’antiwikipédisme, est explicitement dénoncée par Florence Devouard (sans donner d'exemple, cependant).

On remarque que la surveillance des contributions est dévolue aux administrateurs et que le rôle des contributeurs eux-mêmes, à travers les « listes de suivi » est ignoré.

 

L’article secondaire 

Références :

Stéphane Foucard et Olivier Zilbertin, « Administrateurs, contributeurs et vandales ».

Article de 19 paragraphes sur 2 colonnes. C’est cet article qui correspond à la fin du chapeau (supra).

 

1) Le « bac à sable », zone d’apprentissage du contributeur.

2) « Tout le monde peut y aller de sa contribution ».

3) Il suffit de cliquer sur l’onglet « modifier ».

4) On trouve alors le traitement de texte Wp qui permet de travailler.

5) Cela pose le problème de la « véracité et de la qualité des informations ».

6) Google privilégie Wp en le plaçant souvent en tête.

7) Les contributions sont des « enjeux de discorde ou de conflit » ; il y a aussi l’autopromotion, les rumeurs et les informations erronées.

8) L’affaire Seigenthaler : le texte diffamatoire introduit par un anonyme « a pris une telle ampleur que John Seigenthaler a dû publier un lettre ouverte au quotidien USA Today pour démentir ces informations. »

9) L’encyclopédie « consacre de pleines pages à des affaires de ce type ».

10) Des « règles de participation et de contrôle a minima » ont dû être instituées.

11) Les abus sont traités par les administrateurs.

12) Ceux-ci peuvent imposer la semi-protection [impossibilité pour un anonyme de faire des modifications sur la page en question].

13) 120 pages sur Wp-fr sont protégées (quelques exemples : Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal, …)

14) Il y a aussi les pages de discussion et l’historique pour améliorer le contrôle.

15) En fait, toute contribution peut être tracée : soit à travers le nom d’utilisateur, soit à travers le numéro IP de l’ordinateur.

16) L’historique permet de déterminer les auteurs d’une page.

Par exemple, une modification sous IP du 3 août 2004 sur la page Nicolas Sarkozy venait d’un ordinateur du Ministère des Finances.

17) Une autre modification concernait la page Marie Drucker (à propos de ses relations avec François Baroin, le nom de celui-ci a un moment été remplacé par « un homme public »).

18) L’enquête de la revue Nature : « les résultats montrent que la qualité des deux sources est assez proche : « Le site Wikipédia est une source d’information aussi valable que la vénérable Encyclopedia Britannica. », précise la revue scientifique. »

19) L’enquête a révélé 8 erreurs sérieuses (4 et 4) et d’autres moins importantes : 162 pour Wp et 123 pour l’EB.

 

Commentaire : l’article est sinon hostile, du moins orienté vers un certain dénigrement ; cependant, la fin est plutôt favorable à Wikipédia. Ce passage du dossier est l’objet d’une critique dans le livre La Révolution Wikipédia, comme trop favorable justement. Mais un point intéressant est la mention (ici) de la distinction entre « erreurs graves » et « erreurs moins graves », LRW ne citant que les secondes, pour lesquelles les résultats sont défavorables à Wikipédia.

 

L’article technique

Références : « Une illustration du système du copyleft » (2/3 de colonne)

L’article évoque la licence GNU/GPL, le « copyleft » et l’organisation Creative Commons.

 

 

Le Figaro du 17 janvier 2007

 

Références : « Wikipédia, encyclopédie sous haute surveillance », Le Figaro, 17 janvier 2007

 

 

Le New York Times du 21 février 2007

 

Références : Noam Cohen, « A History Department Bans Citing Wikipedia as a Research Source », The New York Times, 21 février 2007

 

Contexte

Cet article concerne le département d’Histoire de Middlebury College (Vermont), qui est une université privée dite « d’arts libéraux ».

 

Il évoque un événement peu connu en France étant donné qu’il s’agit d’un point de détail de l’histoire du Japon au XVIIème siècle : la rébellion de Shimabara, une révolte des paysans qui a eu lieu en 1637-1638 dans cette partie de la préfecture de Nagasaki (île de Kyushu).

 

Présentation linéaire

L’article est divisé en 21 courts paragraphes. 

1-3 Cohen rapporte d’abord l’erreur d’une demi-douzaine d’étudiants de Neil Waters à propos du rôle des Jésuites dans la révolte, ce qui a été la « goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Depuis un an en effet, les professeurs du département avaient remarqué que les étudiants citaient Wk comme source, beaucoup se justifiant en disant que leurs professeurs de lycée les y autorisaient précédemment.

4 Les professeurs du département d’histoire de Middlebury ont donc indiqué aux étudiants qu’ils ne « pouvaient pas citer Wk comme source dans les devoirs ou les examens » et qu’ils ne pouvaient pas « se référer à Wk ni à des sources similaires susceptibles d’échapper aux conséquences de leurs erreurs. » (Wikipedia could not be cited in papers or exams, and that students could not “point to Wikipedia or any similar source that may appear in the future to escape the consequences of errors.”)

5 Un débat s’en est ensuivi sur la confiance à accorder à Wikipédia, encyclopédie sujette à des erreurs involontaires voire volontaires. D’ailleurs Wk elle-même a limité l’édition sur certains sujets en raison du vandalisme ou de discussions à l’infini.

6-7 Cependant, l’usage de Wk n’a pas été interdit, selon le président du département, Don Wyatt, parce que cela serait difficile à faire appliquer, et même trop restrictif, car Wk est trop pratique pour être abandonnée par les étudiants. 

8-10 Jim Wales a déclaré qu’il « ne considère pas du tout cette politique comme quelque chose de négatif. Fondamentalement, ce qui est recommandé correspond à ce que nous avons suggéré : que les étudiants ne devraient pas citer les encyclopédies. »

11  Importance de Wikipédia : 38 000 000 d’utilisateurs américains en décembre 2006 ; Wk est souvent placée en premier par Google.

12-15 Dans certaines universités, il est courant que les professeurs assignent à leurs étudiants un travail dans Wk. Wk cite les projets des universités d’East Anglia et d’Oberlin College (Ohio). En décembre 2005, un professeur de Columbia, Henry Smith a fait travailler son séminaire sur l’établissement de bibliographies concernant le Japon. Les étudiants ont ensuite estimé que ce travail avait été positif.

16-17 L’affaire a été évoquée par plusieurs journaux étudiants. Un des articles (de ‘The Middlebury Campus) accusait le département d’histoire d’introduire « un début de censure. » Beaucoup d’étudiants trouvent la mesure inutile : ils affirment qu’ils l’utilisent tout en sachant que « Wk n’est pas une source responsable ».

18-20 Jason Mittel, professeur assistant, prend le parti de Wikipédia et envisage un projet incluant un travail de ses étudiants dans Wk (rédaction), ainsi que dans YouTube (vidéo) et sur le Net en général. Thomas Beyer, professeur de russe, n’est pas favorable à ce qu’on cite une encyclopédie comme source, mais pense qu’on peut en partir pour aborder un thème.

21 L’erreur sur les Jésuites est toujours présente sur Wikipédia.

 

Commentaire : A première vue, il n’y a pas grand-chose à ajouter : l’article rapporte des faits et en montre toutes les implications. Il ne cherche manifestement pas à démolir Wikipédia, mais à signaler un problème.

A seconde vue, on peut se demander pour quelle l’article a été publié : en fin de compte, ne s’agit-il pas d’un non-événement ? Auquel cas, le cadre justificateur serait tout de même une certaine hostilité, connotée par le titre et par la dernière phrase. 

Le titre de l’article peut en effet être interprété de façon réductrice et être utilisé comme « preuve » de la nocivité de  Wikipédia, en particulier à l'étranger (« regardez, même les Américains condamnent Wk »). En réalité, comme le montre l’article, la mesure est d’ordre méthodologique (il s’agit de contraindre les étudiants à ne pas faire ce que spontanément  ils ne devraient pas faire : utiliser une source non validée comme s’il s’agissait d’une source validée) ; mais elle n’est pas principielle (condamnation totale de l’usage de Wikipedia).

 

 

L’article de Noham Cohen revu par La Révolution Wikipédia

Les auteurs de LRW présentent l’article de façon très limitée : d’une part le titre, d’autre part le premier paragraphe.

Version originale : 

When half a dozen students in Neil Waters’s Japanese history class at Middlebury College asserted on exams that the Jesuits supported the Shimabara Rebellion in 17th-century Japan, he knew something was wrong. The Jesuits were in “no position to aid a revolution,” he said; the few of them in Japan were in hiding.

He figured out the problem soon enough. The obscure, though incorrect, information was from Wikipedia, the collaborative online encyclopedia, and the students had picked it up cramming for his exam.

 

Version LRW (p. 77)

Le New York Times relate un épisode qu’ont dû vivre bien des enseignants à travers le monde

Alors qu’il corrige les copies de ses élèves d’histoire japonaise, Neil Waters remarque une erreur récurrente dans celles-ci. Plusieurs dissertations font état du soutien qu’auraient apporté les jésuites à la révolte des Shimbara dans le Japon du XVIIème siècle. Une assertion improbable, se dit immédiatement ce professeur aguerri, qui sait bien que les jésuites présents au Japon à cette époque étaient faibles et peu nombreux (were in hiding). Le responsable de cette erreur collective n’est pourtant pas à chercher bien loin. Une simple recherche sur Google renseigne rapidement le professeur sur le coupable : il s’agit bien sûr de Wikipédia, qui a corrigé cette erreur depuis.

 

On remarque des erreurs : au lieu de traduire « the Shimabara Rebellion » par  « rébellion de Shimabara », les auteurs mettent « révolte des Shimbara », ce qui fait pas moins de deux erreurs en trois mots. Cela signifie qu’ils n’ont pas pris la peine de se renseigner sur cet événement historique (certes, Noham Cohen ne donne aucune indication, mais au moins, il ne fait pas d’erreur).

 

On peut aussi remarquer plusieurs glissements :

*suppression du nombre de copies concernées ;

*ajout d’éléments (indiqués soulignés) non mentionnés dans l’article original, destinés à produire un effet de réalité, comme si les étudiants de Sciences Po avaient eux-mêmes interrogé Neil Waters.

 

On remarquera aussi les impropriétés stylistiques

« Neil Waters remarque une erreur récurrente dans celles-ci » (> « remarque une erreur récurrente », « y remarque une erreur récurrente » ou, au moins, « remarque dans celles-ci une erreur récurrente ») ; d’une façon générale, leur version est plus verbeuse que l’original.

 

La mise de côté de la plus grande partie de l’article

Ils laissent de côté les paragraphes 3 à 20, qui incluent : 

*la nature exacte de la mesure prise

*le débat qui a lieu ensuite

*les prises de positions de certains professeurs, en particulier de Jason Mittell, bien que celui-ci fasse la même chose que Jean-Noël Lafargue, personnalité mise en valeur à la fin de LRW.

 


 

 

 

 



 

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