Contenu de Wikipédia : Les problèmes stylistiques

Publié le par Jacques Goliot

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Cette page n’est pas exhaustive ; c’est un premier aperçu, qui pourra être complété ultérieurement.

 

Orthographe

J’évoque pour mémoire ce sujet, qui était peut-être un enjeu il y a cinq ou six ans. Dans l’ensemble, les problèmes d’orthographe ne sont plus très importants sur Wikipédia.

On remarque cependant, sur une page technique Wikipedia:Patrouille RC (25 février 2012) qui ne fait cependant pas partie de l'encyclopédie proprement dite, , dans la partie Blocages le libellé : Utilisable par les Administrateur seulement pour désigné un blocage ..., répété 5 fois ! On pourrait imaginer un vandalisme (bénin), ce qui serait fort de café sur cette page, . L'erreur est ancienne : elle a été introduite le 28 janvier 2009 (1 h 43), soit il y a plus de deux ans.

 

En revanche, il y a dans Wikipédia quelques problèmes de style.

 

La recherche du « beau style »

Il ne s’agit pas tant des articles très mal écrits, ni de ceux qui ont subi des modifications par pure addition, ce qui entraîne parfois des redites. Ces défauts sont faciles à corriger.

Le gros problème est plutôt celui de la recherche du « beau style ». On peut penser ici à ce qu’en dit Milan Kundera à propos des déboires de la traduction française de La Plaisanterie. Le beau style de certains wikipédiens utilise effectivement un certain nombre de métaphores pour éviter la répétition du même terme.

Mais le principal défaut stylistique, qui avait été épargné à Kundera est la figure de l’apposition.

 

L'apposition

« Malade, il est resté chez lui » : c’est une formulation purement écrite (personne ne dirait cela) qui est justifiée parce qu’elle met en valeur un lien logique ; on peut aussi écrire « malade, il est venu au travail », mais c’est un peu limite ; « bien que malade, il est venu au travail » serait préférable.

 

Exemple (à propos de la jeunesse de Jean-Paul Sartre) :

« Issu d’une famille bourgeoise du Vème arrondissement de Paris, il connaît une enfance choyée et fait de brillantes études au lycée Henri-IV puis entre à l’ENS » (je simplifie). Il est clair qu’il existe un rapport logique entre « famille bourgeoise » et « enfance choyée », entre « Vème arrondissement » et « lycée Henri-IV » ; en revanche, la mention de l’ENS est un peu moins justifiée relativement à l’apposition.

Personnellement je préférerais écrire : « Il est issu d’une famille bourgeoise du Vème arrondissement de Paris ; il connaît une enfance choyée ; il fait de brillantes études au lycée Henri-IV puis entre à l’ENS. » (la répétition des « il » est peu agréable, mais cela peut se régler ultérieurement).

En effet, chacun des membres de phrases peut devenir un début de paragraphe :

« Il est issu d’une famille bourgeoise du Vème arrondissement de Paris, dont une partie vient d’Alsace, etc.

Il connaît une enfance choyée, mais etc.  ;

Il fait de brillantes études au lycée Henri-IV, où il rencontre etc.

Il entre à l’ENS, etc. ».

 

L’apposition comme fermeture

L’apposition ne pose aucun problème d’ordre grammatical ; seulement d’ordre rhétorique, pour deux raisons.

En premier lieu, l'apposition établit une fermeture stylistique : dotée de cette structure, la phrase peut difficilement être transformée, sauf à devenir excessivement compliquée. Le développement d’une phrase de ce type impose de revenir d’abord à une structure plus banale (deux propositions principales). cette figure a donc un effet dissuasif envers un éventuel intervenant qui n’oserait pas changer la structure.

En second lieu, elle a souvent (pas toujours) le but de masquer une certaine pauvreté de l’information, compensée par la « richesse » du style. En arrière-plan, l’idée que « l’encyclopédie » devrait à chaque instant être parfaite formellement. Il me semble préférable, le cas échéant, que la pauvreté de l’information soit évidente, soit même mise en évidence par la pauvreté du style et que l’encyclopédie se manifeste clairement comme imparfaite.

 

Exemple 1 : la page Wikipédia « Jean-Paul Sartre »

Si on prend la version du 13 février 2012, on n’y trouve pas la phrase citée ci-dessus, mais, par exemple, celles-ci (les appositions sont soulignées par moi) :

a) Fils unique, il provient d’une famille bourgeoise.

Il n’y a ici aucun rapport logique entre l’apposition et le reste de la phrase ; mais le rédacteur n’a pas pu résister à la recherche du beau style.

b) Auteur prolifique, Jean-Paul Sartre laisse derrière lui une œuvre considérable, sous forme de romans, d'essais, de pièces de théâtre, d'écrits philosophiques ou de biographies.

L’apposition est évidemment inutile. De plus, elle produit un effet particulièrement surprenant dans ce cas, une sorte d’essentialisation de l’existence de Sartre : il a écrit plein de choses parce qu’il avait une nature d’auteur prolifique.

 

Dans l’ensemble, cependant, la rédaction du début de la biographie n’est pas trop marquée par ce phénomène.

 

Exemple 2 : la page « Arthur Kleinclausz »

Une page intéressante de ce point de vue est celle concernant le médiéviste Arthur Kleinclausz (version du 1° mai 2011) :

a) Né à Auxonne en 1869, Arthur Kleinclausz, issu d’une vieille famille alsacienne, doit d’être né en Côte d’Or à son père, militaire de carrière, qui y tenait garnison.

b) Etudiant à la faculté de Lyon de 1888 à 1889, il y prépare l’agrégation d’histoire et géographie qu’il obtient en 1891 en étant classé 3° du concours.

c) Nommé professeur à l’Université de Lyon en 1904, Kleinclausz y rejoint le seiziémiste Mariéjol dont il avait été l’élève et avec lequel il restera très proche.

d) Membre de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon en 1928, Kleinclausz est, entre les deux guerres, une « figure lyonnaise » de premier plan qui ne néglige ni les honneurs, ni les responsabilités, au moment même où un normalien et agrégé, Edouard Herriot, préside aux destinées de la capitale des Gaules.

e) Auteur des deux premiers tomes d'une monumentale « Histoire de Lyon »4, Kleinclausz prend de multiples initiatives dans la cité.

f) Successivement assesseur puis doyen, en 1911, de la faculté des Lettres, président de la commission des musées de la ville ainsi que de la société des études locales de l’enseignement public, il participe par ailleurs, avec le soutien du Conseil Général du Rhône, à la création en 1923 de la célèbre Commission des Etudes Rhodaniennes qui donne à la géographie, alors discipline supplétive de l’histoire, un statut de science à part entière.

g) Président de l’association des anciens élèves de la faculté des Lettres de Lyon qu’il a contribué là encore à créer, le doyen Kleinclausz sait conseiller et soutenir plusieurs générations d’agrégatifs qui pour certains deviendront à leur tour des universitaires de premier plan. En 1929, il pousse ainsi André Allix à choisir, pour sa célèbre thèse de géographie sur l’Oisans, un mémoire complémentaire d’histoire médiévale sur cette province, étude dont l’originalité est saluée par les spécialistes.

A son décès le 30 novembre 1947, la personnalité comme l'œuvre d'Arthur Kleinclausz sont alors saluées par le monde universitaire. Les deux cités qui l’ont accueilli durant sa longue carrière, Dijon et Lyon, baptisent chacune une rue de son nom.

 

On voit que la figure est fréquente ; elle s’accompagne d’une certaine complication des phrases, inéluctable dès que l’on veut ajouter des informations supplémentaires. En ce qui concerne les liaisons logiques de la figure, elles ne sont pas toutes bien fortes (en b : il obtient l’agrégation en 1891 après avoir été étudiant en 1888-89 : qu’a-t-il fait de 1889 à 1891 ? En fait, en 1888, il commence ses études à Lyon).

 

Exemple 3 : la page « Clamecy » (Nièvre)

La figure de l’apposition est particulièrement inappropriée dans certains cas. Je prendrai l’exemple de cette page dans sa version du 6 septembre 2011, partie  Histoire :

« Mentionnée sous le nom de Clamiciacus en 634, la ville est ravagée au xive siècle pendant la Guerre de Cent Ans.

Les premières franchises sont accordées aux Clamecycois par Hervé IV de Donzy, comte de Nevers en 1213.

Elle connaît une grande prospérité grâce au développement, par Jean Rouvet, du flottage du bois à partir du xvie siècle jusqu'au début du xxe siècle (le dernier train de bois a quitté Clamecy en 1923).

Pendant la Deuxième République, la ville,… »

L’apposition de première phrase est inepte, puisqu’elle met en liaison deux points de détail de l’histoire de la ville éloignés de 700 ans (VIIème et XIVème siècles) ; d’autant plus inepte que la seconde phrase introduit une information intercalaire (XIIIème). On a donc ici le mélange du « beau style » (première phrase) et de l’absence de style (juxtaposition de la première et de la deuxième phrase (qui en elle-même est correctement écrite).

 

 

Conclusion : l’apposition est à employer avec modération et avec circonspection.

 

Autres figures

 

Style fleuri

On remarquera dans la page « Arthur Kleinklausz » citée la proposition :

« au moment où un normalien et agrégé, Edouard Herriot, préside aux destinées de la capitale des Gaules » pour «  alors qu’Edouard Herriot est maire de Lyon »*.

 

Surabondance des adjectifs

L'abus des adjectifs est une autre caractéristique : « la célèbre Commission des Etudes Rhodaniennes » (célèbre ?) ; « sa célèbre thèse de géographie sur l’Oisans » (célèbre, du moins dans les milieux de la géographie universitaire).

L’auteur principal de cette page affirmait ensuite (alors que j’avais procédé à une simplification drastique) qu’il recherche un « style agréable à lire » : la première phrase : « Né à Auxonne en 1869, Arthur Kleinclausz, issu d’une vieille famille alsacienne, doit d’être né en Côte d’Or à son père, militaire de carrière, qui y tenait garnison. » est effectivement très bien tournée (noter que son père était sergent cordonnier du bataillon en garnison à Auxonne, ce qui est tout à fait honorable, mais n’est nullement connoté par l’expression « militaire de carrière », qu’on applique généralement aux officiers, voire aux officiers sortis de Saint-Cyr ; on parle plutôt de « rengagé » pour un sous-officier spécialiste).

 

Conclusion générale

Préférer un style simple, sans recherche, plus « encyclopédique ». Les embellissements sont approprés à un stade bien avancé de l'élaboration . 

 

 

NOTE

* préside aux destinées de la capitale des Gaules/est maire de Lyon : comme me l'a fait remarquer un contributeur, il ne s'agit pas de métaphores, mais de périphrases.

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