A propos de la page Wikipédia « Frédéric Chopin » 6 Annexe 3 L'article d'E. Langavant sur la nationalité de Chopin

Publié le par Jacques Goliot

Nationalité de Chopin : l’article d’Emmanuel Langavant existe ; il est moins piteux que le site, mais pas tellement.

 

 

 

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Cette page est l'annexe 3 de la page : Les travaux d'Emmanuel Langavant sur la nationalité de Chopin

Annexe 1 : Le site d'Emmanuel Langavant sur la nationalité de Chopin

Annexe 2 : Autres adeptes du culte de Chopin français

 

 

Comme on l’a vu page précédente, la musicologue Danièle Pistone donnait les références exactes de l’article à l’origine du site « Chopin – musicien français », article publié sous le même titre dans la revue Diplômées, n° 153 (juin 1990). Elle lui accordait par ailleurs une très forte crédibilité.

 

La revue Diplômées 

C'est la revue (trimestrielle) de l’Association des Femmes diplômées des Universités, membre de l’International Federation of University Women. Créée en 1920, cette association, dont le siège se trouve à Paris, est actuellement présidée par Evelyne Auzac (Prix Irène Joliot-Curie 2009).

Le numéro 153 de la revue est disponible dans certaines BU (cf. notice SUDOC http://www.sudoc.fr/036695459), notamment à la Bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris.

 

 

L’article d’Emmanuel Langavant 

La comparaison entre la revue et le site montre que l’article a été mis en ligne par scannage (en fait, les pages du site reprennent strictement le découpage des pages de la revue). Le scan n’a pas été impeccable puisqu’il a introduit des fautes qui ne se trouvent pas dans le texte original (PADKREWSKI, BOLURNIQUEL), et dont il ne faut pas tenir compte pour évaluer le texte (mais qui auraient dû inquiéter les lecteurs du site). Il semble qu’Emmanuel Langavant n’ait pas eu la possibilité de corriger la mise en ligne, étant décédé peu après. 

 

En revanche, je maintiens les reproches que j’ai faits précédemment :

 

*des fautes d'orthographe sur les nom de Marie Wodzinska (WODSINSKA, p. 58), de Lucien Rebatet (REBATTET, p.59), de Stanislas Leszcynski (LECZINSKI, p. 61), de Justyna Krzyzanowska (KRYZANOWSKA, p. 60 ; KRYZONOWSKA, p. 61 ; KRYZANOWSKA, p. 63) ;

*des références bibliographiques qui ne respectent pas les conventions élémentaires ;

*une exposition brouillonne dans lequel le sujet (la nationalité légale de Chopin) n’occupe qu’une part limitée ;

*l’utilisation d’un nombre limité de documents (acte de baptême, passeport de 1837) alors qu’il devait avoir connaissance au minimum de l’acte de naissance (qui ne comporte aucune indication de nationalité) – de surcroît, ces documents sont analysés très sommairement ; 

*la référence exclusive au Code civil français de 1804, sans envisager l’état réel de la législation du duché de Varsovie – de surcroît, la référence exclusive à l’article 10 (alors que l’article 9 introduit un élément de droit du sol) ; 

*une erreur élémentaire en matière d’histoire du droit : selon lui, le droit du sol n’apparaîtrait en France qu’en 1945 (p. 63) alors que la loi de 1889 l’introduit de façon notoire sous forme d'obligation pour les enfants nés en France d’étrangers nés en France ; 

*une erreur élémentaire en matière de droit : l’affirmation que le mariage des parents de Chopin était régi par le Code civil français de 1804, alors qu’il a eu lieu deux ans avant son introduction dans le duché de Varsovie (« l’article 12 déclare : « L’étrangère qui a épousé un Français suivra la condition de son mari ». De sorte que Justyna KRYZANOWSKA, par son mariage à Brochow, en 1806, avec Nicolas CHOPIN, changeait ipso facto de nationalité »). Cela sans tenir compte du fait qu’en 1806, Brochow se trouvait dans la zone attribuée à la Prusse lors des partages de la Pologne, la Prusse, pays en guerre contre la France en 1806 ; il va donc de soi que le droit français s’y appliquait « ipso facto ».

 

Je renvoie à la page principale pour les détails.

 

Conclusions    

Il est probable qu’en tant que revue associative, Diplômées n’est pas une publication à comité de lecture, mais publie des articles sur la réputation des auteurs. En l’occurrence, il me semble qu’Emmanuel Langavant a profité de sa position, certainement justifiée, de juriste de haut niveau, pour faire passer un article qui relève de l’amateurisme, de la littérature pour jeunes filles en fleur, pour ne pas être plus dur.

Son dossier, très minime (trois éléments dont deux de faible valeur), n’inclut que les documents qui vont dans le sens de sa thèse, alors qu’une recherche de quelques jours seulement m’a permis d’en repérer plusieurs qui vont à son encontre.

Lorsque Georges Dumézil écrit sa Sotie nostradamique, il ne se prend pas au sérieux (à mon avis) en tant que nostradamiste, mais il apporte énormément d'éléments historiques intéressants à propos de Louis XVI et de la fuite à Varennes, en se donnant la contrainte d'interpréter de façon crédible chaque élément du quatrain. Dans le cas d'Emmanuel Langavant, c'est le contraire :  il semble prendre au sérieux son hypothèse de la qualité de Français de Chopin, mais il ne fournit qu'un dossier d'une extrême pauvreté, d'une lecture finalement décevante et assez déprimante. Certains lecteurs (ou du moins certaines lectrices ?) s'y sont laissés prendre.

 

Par exemple Danièle Pistone, qui n'hésite pas à qualifier le texte d'Emmanuel Langavant de « démonstration », s’appuyant elle aussi sur la qualité de son auteur, sans aucune référence au texte lui-même, sans envisager d’éventuelles critiques. Mais elle n'est pas la seule.

 

 

 

Publié dans Histoire

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